L’industrie des fonds immobiliers français peut réellement changer d’échelle

Business Immo : Les 6e Assises de la pierre-papier et de l’investissement immobilier se tiennent lundi 26 juin. Quels sont les enjeux autour de l’industrie de l’épargne immobilière ?
Guy Marty : La pierre-papier est à un tournant de son histoire. Elle a la possibilité de répondre aux grands défis du financement de l’immobilier et de participer ainsi à la croissance économique de notre pays. L’économie française a besoin de s’appuyer sur le dynamisme de l’immobilier et l’immobilier a besoin de financement. L’enjeu est d’autant plus important que l’industrie immobilière souffre toujours d’une méfiance, voire d’une défiance des politiques qui y voient avant tout un placement stérile et improductif alors qu’elle participe à la performance des entreprises et contribue à assurer une partie de la retraite des Français. Cette idée de la rente immobilière s’explique par l’histoire économique, notamment des Trente Glorieuses où la croissance a été portée par le progrès technique, la démographie et l’ouverture des frontières, et non par l’immobilier. Aujourd’hui, la situation est différente. L’immobilier est l’un des plus puissants leviers pour assurer la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique, le meilleur outil pour assurer la fabrique de la ville et en particulier le développement des métropoles qui tirent la croissance du pays, et enfin pour accompagner les nouvelles formes de travail et d’hébergement qui émergent à la faveur de la révolution numérique.
BI : En quoi la pierre-papier peut-elle prendre part à cette croissance économique ?
GM : La croissance économique passera par l’investissement immobilier. Il est non seulement utile, mais vital pour que la France reste dans la compétition internationale. Or, l’immobilier suppose des financements colossaux. Le développement des SCPI, OPCI et SIIC doit permettre de drainer l’épargne des particuliers, en direct ou par le biais d’investisseurs institutionnels, vers l’immobilier. La période est d’autant plus propice que le secteur de l’épargne immobilière est aujourd’hui structuré et régulé au plan européen, permettant ainsi d’accompagner les institutionnels dans leur volonté de réallouer davantage de capitaux à l’immobilier. On a vu d’ailleurs l’explosion de la capitalisation des fonds qui a été multipliée par sept entre 2002 et 2016, passant de 30 à 210 Mds€ d’actifs sous gestion. Demain, en s’ouvrant à l’Europe, l’industrie des fonds immobiliers français peut réellement changer d’échelle.
BI : Quels défis attendent les gestionnaires de fonds immobiliers ?
GM : Pour assurer le décollage de la pierre-papier, il faut d’abord élever le niveau de la qualité des informations et des analyses, notamment avec des travaux académiques. L’IEIF a repris l’examen en profondeur des méthodes d’analyses des SCPI pour les adapter au contexte actuel. C’est un premier pas vers une notation immobilière et financière des fonds immobiliers à laquelle doivent se préparer les sociétés de gestion de portefeuille. L’autre grand défi consiste à décloisonner les métiers et les compétences. De spécialistes de la gestion financière et immobilière des actifs, les SGP et foncières cotées vont évoluer vers une logique d’acteurs de la ville. C’est le rêve de Jules Verne que nous allons vivre demain, celui de l’épargnant qui reconstruit la ville. Enfin, l’expertise et le professionnalisme ne portent pas seulement sur la gestion de la SCPI ou de l’OPCi mais aussi sur la distribution. En d’autres termes, et c’est la raison d’être des Assises de la pierre-papier et de l’investissement immobilier, la qualité et la pertinence du dialogue avec les épargnants et investisseurs sont les meilleures garanties d’une croissance saine et durable.
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